Du 18 au 25 avril 2010
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Françoise Bujold
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Françoise Bujold



Hommage à Françoise Bujold, artiste et poète (1933-1981)

Lettre d’un ami

J'ai connu et accompagné Françoise Bujold les trois dernières années de sa vie, surtout, malgré ses difficultés d'être, je l'ai incitée à rassembler et à revisiter son œuvre que je publierai après sa mort, à Parti Pris, Piouke fille unique.
Elle fut non seulement une créatrice multidisciplinaire hors du commun, d'une originalité, d'une intensité, d'une luminosité pétries de sa Gaspésie natale, mais elle inventa la langue gaspésienne poétique, s'investit dans la pédagogie auprès des enfants jusqu'à produire les plus exceptionnels livres d'artiste d'enfants de notre littérature, avec des jeunes Micmacs, que sont Une fleur debout dans un canot et La Naissance du Soleil.

Elle brillait tel un soleil, d'ailleurs, pétillait tel le frasil, parait d'agates de bord de mer toutes ses créations, ses conversations, ses effusions. Sur le Plateau Mont-Royal, elle planait tel le goéland, tournaillait autour de l'atelier des Guillaume, rue Saint-André, ou de celui de sœur Marie-Anasthasie, rue Saint-Denis, puis passait prendre un verre et écrire dans ma bibliothèque de la rue Duluth. Ce quartier fut son village, son oasis. Elle participait à une révolution, une libération.

Un monde où pour la première fois des femmes investissaient les arts, la culture, le cinéma, bref elle fut une pionnière éblouissante. Et d'une beauté, d'une authenticité qui lui assure une place de premier plan tant dans la poésie québécoise que dans la peinture-gravure, le cinéma documentaire et l'édition d'art d'ici.

Une femme monument de culture! Une gaspésienne merveilleuse! Son amitié embaume toujours ma vie.

Puissent les Gaspésiennes reconnaître l'une des plus magnifiques d'entre elles : un phare étoilé donnant la joie en partage, Françoise Bujold de Bonaventure.

Merci d'aider à ce qu'elle soit connue, aimée, admirée.

Gaétan Dostie
Ami et éditeur de Piouke fille unique, Média-Tech et Éditions Parti Pris, 1982


Françoise Bujold, artiste et poète - Notes biographiques
 
Françoise Bujold est née à Bonaventure, en Gaspésie, le 6 mars 1933. Toute sa vie, elle n’eut d’yeux que pour cette Gaspésie natale : son écriture est pétrie au plus vif de la langue gaspésienne et sa peinture, sa gravure sont les nuances mêmes du sol et de la mer de son enfance.
Elle viendra à Montréal terminer des études classiques; au début des années ’50, elle sera la première femme avec Maie-Anastasie à poursuivre des études à l’Institut des Arts graphiques où elle se liera d’amitié avec Richard Lacroix, Janine Leroux, et bientôt Pierre Guillaume et Kittie Bruneau. Son professeur Albert Dumouchel la marque profondément. C’est aussi à cette époque qu’elle rencontre le père Ambroise Lafortune et le poète Gilles Constantineau avec lequel elle édite ses premiers poèmes-affiches au cours de 1953.
En 1955, Roland Giguère publie aux Éditions Erta, ses poèmes et gravures, Au Catalogue de solitudes; en 1958, elle crée les Éditions Goglin en publiant ses poèmes et gravures, La Fille unique.
En 1959, Suzanne Guité et Alberto Tommi l’accueillent au Centre d’Art de Percé. Sa période exubérante commence : elle écrit des contes qu’elle fait illustrer par des enfants, d’abord à Percé, puis à la réserve de Maria avec des enfants Micmacs. C’est l’époque de La Piouke, célèbre boîte à chanson qu’elle anime et qui est aussi le titre de cette chanson que Pauline Julien interprète avec tant de chaleur sur son premier disque en 1959.
En 1964, avec Jacques Godbout, elle réalise sur les enfants Micmacs Le monde va nous prendre pour des sauvages, un film de l’ONF qui s’est mérité de prestigieux prix. Tout au cours de cette période, elle écrit de nombreux textes pour Radio-Canada. Son œuvre graphique atteint la plénitude.
Des problèmes de santé, de pauvreté matérielle, de solitude briseront son vol.
Au cours de 1978, avec la collaboration de Gaétan Dostie, elle entreprend de rassembler son œuvre écrite.
En 1979, elle séjourne à Miguasha pour dessiner des fossiles.
Le 18 janvier 1981, elle succombe à un cancer.
Ses cendres reposent à Bonaventure.
 
Gaétan Dostie, ami et éditeur
Piouke fille unique, MÉDIA-TECH et Éditions Parti Pris, 1982

Crédit photo : Rodrigue Gauthier. Collection Musée acadien du Québec à Bonaventure

 

 

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